Le Petit Poucet
Par Fay Beaulieu
Il était une fois une famille pauvre qui vivait dans une maison de bois à l’orée d’une forêt. La lignée était composée d’une mère, d’un père et de neuf jeunes garçons, dont le benjamin était surnommé le Petit Poucet. Ce dernier était chétif, avec un teint pâle qui démontrait sa malnutrition. Des cernes violacés sous ses yeux éteignaient leur éclat émeraude. Ses cheveux couleur corbeau étaient toujours en bataille. Âgé d’à peine sept ans, il détenait un esprit vif et un cœur généreux.
En ce soir de l’avant-veille de Noël, Petit Poucet monta les marches à la hâte, prêt à aller se coucher. Lorsqu’il gravit la dernière marche, il entendit ses parents murmurer à voix basse. Ils prévoyaient abandonner leurs neuf enfants dans la forêt parce qu’ils n’avaient plus les moyens de nourrir leurs garçons. Une fois dans son lit, son cerveau bouillonna d’idées pour échapper à ce triste sort.
Le lendemain matin, après le petit déjeuner qui consistait en un simple morceau de pain sec, les neuf enfants accompagnèrent leurs parents dans la forêt. Cependant, avant de partir, le benjamin s’était rempli les poches de cailloux blancs. Durant la marche, le jeune garçon laissa tomber les petites pierres derrière lui. Arrivés dans une clairière, alors que les garçons étaient occupés à jouer, les parents en profitèrent pour filer en douce. En s’apercevant de leur absence, ils se mirent à paniquer, mais Petit Poucet les rassura en leur indiquant le chemin de petits cailloux, brillant sous la lueur de la lune, pour retourner à la maison. Les parents furent bien surpris de les revoir.
Le matin de Noël, de jolis flocons de neige tournoyaient dans le ciel de décembre. Les parents tentèrent à nouveau d’abandonner leurs neuf enfants en forêt. Cependant, lorsque Petit Poucet voulut retrouver le chemin de la maison grâce à ses petits cailloux blancs, une épaisse couche de neige recouvrait déjà les sentiers. Désemparés, les jeunes tentèrent de retrouver leur chemin sans succès.
Au bout de longues heures de recherche, alors que la noirceur était installée depuis un moment déjà, les jeunes garçons n’arrivaient plus à lutter contre le froid qui s’attaquait à leur chair. Un à un, les petits garçons sombrèrent dans un sommeil éternel. Petit Poucet, qui observait avec tristesse ses frères étendus dans la neige, fit tomber une dernière larme sur sa petite joue avant de s’éteindre à son tour.
Une douce fée qui passait par là entendit de son ouïe fine la gouttelette de tristesse tomber sur la neige. Dans un battement d’ailes, elle traversa la forêt dans sa grande robe bleu cristallin à la recherche de celui qu’elle avait entendu. Ses cheveux dorés virevoltaient dans le vent hivernal, et ses prunelles gris perle scrutaient la forêt blanche. De là-haut, elle aperçut neuf petites silhouettes étendues sur le sol enneigé. Arrivée sur les lieux, un élan de chagrin l’envahit profondément. Des jeunes garçons sans vie gisaient là, sous ses yeux. La fée tenta de faire rebattre leur cœur, mais en vain, ses pouvoirs n’étaient pas assez puissants pour les ramener à la vie, tels qu’ils l’étaient. Elle contacta mère Noël par la pensée, car elle avait besoin d’aide.
Quelques minutes plus tard, mère Noël et la damoiselle féerique prirent une décision. D’un coup de baguette magique, les neuf corps inertes furent emportés dans un tourbillon d’étoiles, puis doucement redéposés sur le sol, mais maintenant sous la forme de rennes. La fée leur offrit un sourire tendre et les conduisit au Pôle Nord.
Finalement, les neuf petits garçons, ou plutôt neuf majestueux rennes prénommés Éclair, Tonnerre, Tornade, Danseur,
Furie, Fringant, Comète, Cupidon et Rudolph tirent depuis ce jour le chariot du père Noël tous les 25 décembre au soir. Désormais, Petit Poucet n’a plus besoin d’utiliser des cailloux blancs pour retrouver son chemin, mais simplement de se laisser guider par son nez rouge.


